Sur la mythique transBornéo, le long du fleuve Mahakam | Tārrā
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Sur la mythique transBornéo, le long du fleuve Mahakam

Carte transBorneo

Cette grande traversée de Kalimantan, la partie indonésienne de Bornéo, est une des dernières grandes explorations sur Terre. On entre ici dans la catégorie des grandes explorations, là où l’empreinte de l’Homme est encore quasiment inexistante, là où très peu de voyageurs s’aventurent. Nous y sommes donc allés. Les regards, à la fois curieux et hagards, témoignent en effet du caractère rarissime de croiser un étranger. Les discussions avec les habitants nous apprendront d’ailleurs que cela fait plus d’1 an qu’ils n’ont pas vu de voyageurs.

La mythique transBornéo

Ce périple débute à l’Est de l’île, à Samarinda à l’embouchure du Mahakam, le plus grand fleuve de Bornéo. Il faut alors remonter le fleuve sur plus de 900 km pour atteindre les infranchissables monts Muller, nom de l’explorateur hollandais qui explora l’île et fut tué par les tribus de guerriers réducteurs de tête. C’est ici que le voyage s’achève pour la plupart des voyageurs, qui redescendent alors le fleuve; c’est ce que nous avons fait, avec regrets.

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Les quelques intrépides, qui se comptent sur les doigts de la main chaque année (une seule suffit souvent), se lancent eux dans la traversée des monts Muller, un des derniers grands trekkings de l’extrême, où le dépassement de soi est un impératif pour ne pas rebrousser chemin. Après plus de 10 jours de marche parmi les épaisses et inhospitalières jungles où le soleil ne passe pas, les passages à gué où l’eau arrive jusqu’au cou, les sangsues et la torpeur de cet enfer vert, ils parviennent à franchir les monts Muller.

Ils atteignent alors le fleuve Kapuas, qu’ils redescendront sur plus de 1000 km pour rejoindre la côte Ouest de Bornéo, la ville de Pontianak à l’embouchure du fleuve, et achèveront ainsi la mythique transBornéo.

Pourquoi donc s’y rendre?

Pourquoi être prêt à passer plusieurs semaines au milieu de nul part, là où il est rarement aussi compliqué de voyager, là où l’anglais ne vous sera d’aucun secours? Pourquoi être prêt à renoncer à toute notion de confort pendant plusieurs semaines? Ou pourquoi encore être prêt à tant d’efforts? Questions tout à fait légitimes.

Indonésie-Bornéo-maison-flottante

Car c’est un périple où les mots extraordinaire, au sens premier du terme, et fantastique, prennent tout leur sens. Jamais (ou à minima comme rarement) vous n’aurez autant le sentiment d’être seul au monde, loin de tout et hors du temps. De tous les voyages que vous avez effectués auparavant, ce sera probablement un des plus marquants, un de ceux qui gravent certains des plus extraordinaires souvenirs, un de ceux dont vous vous souviendrez jour pour jour, année après année.

Pour ceux qui se lancent à l’assaut des monts Muller pour effectuer entièrement la transBorneo, j’imagine que le fantastique sentiment d’accomplissement et de dépassement de soi ne peut être qu’au rendez-vous, d’autant plus lorsqu’on sait que seuls quelques rares aventuriers de l’extrême l’ont effectuée.

La remontée du Mahakam

Le premier tronçon de la transBornéo: la remontée du fleuve Mahakam jusqu’aux pieds des monts Muller, qui coupent littéralement l’île en 2 (n’y a aucune route). Au fur et à mesure qu’on remonte le fleuve, on remonte le temps, à l’époque des vieux vapeurs et des chercheurs d’or, pour peu à peu s’enfoncer parmi les territoires totalement vierges du Kalimantan sauvage.

Indonésie-Bornéo-Mahakam-rapides

Les 2 premières parties du fleuve, le cours inférieur et le cours intermédiaire du Mahakam, s’effectuent en ferry, au ronron du vieux diesel. Le dernier tronçon du fleuve, le cours supérieur du Mahakam, qui s’enfoncent à travers les falaises, des cascades qui se jettent dans le fleuve et de la jungle, est le plus palpitant. Il faudra alors embarquer à bord d’un puissant hors-bord afin de pouvoir remonter les séries de rapides. Au bout, les fameux monts Muller.

Il est ainsi possible de remonter les 900 km de fleuve et d’atteindre les pieds des monts Muller en 3 jours de navigation, en supposant qu’il n’y ai pas eu d’aléas (ce qui est fort peu probable). Mais ici comme ailleurs, il faut être capable de quitter par moment la route principale et de faire des détours pour prendre les sentiers qui mènent à l’extraordinaire, à bord de pirogues à fond plat pour naviguez à travers les lacs et les bras de rivière qui s’enfoncent au cœur des zones les plus reculées, parmi les territoires des Dayaks qui jadis étaient connus pour être des guerriers réducteurs de tête. Il nous aura donc fallu 10 jours pour remonter le fleuve, puis 2 jours entiers pour le redescendre.

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Cours inférieur du Mahakam

Ce premier tronçon du fleuve est le plus développé. Bien qu’il ne soit guère le plus palpitant, l’extraordinaire est au rendez-vous. Sur environ 150 km, on assiste au ballet incessant des gigantesques et innombrables barges qui remontent à vide le fleuve pour s’amarrer aux immenses trémies, pour ensuite redescendre le fleuve chargées de charbon à destination de la Chine, l’usine du monde. Le caractère surréaliste de cet étrange défilé témoigne comme rarement de la démesure de l’exploitation des ressources, et appelle inéluctablement à la réflexion sur ses causes et sur ses conséquences, voire à l’introspective.

Indonésie-Bornéo-Barges-charbon

Au fur et mesure qu’on remonte le fleuve, les barges et les installations industrielles se font plus rares, les villages apparaissent peu et à peu et la nature commence à abonder. Au bout, le petit village de Bangun. Ici commence réellement le grand périple. C’est également ici que la route s’achève; la seule voie pour poursuivre est alors le fleuve. Certains voyageurs rejoignent d’ailleurs ce petit village par la route pour entamer ici leur périple.

Indonésie-Bornéo-Trémie

Ici, et comme tout au long de ce périple, il n’y absolument aucune infrastructure touristique, juste quelques pensions spartiates aux draps jaunis et humides qui accueillent les fonctionnaires et négociants de passage. La douche se résume à un simple seau, qu’on plonge dans un grand bac d’eau trouble puisée dans le fleuve. Il y a cependant l’électricité grâce au générateur dont chaque petit village est équipé, qui permet de faire tourner le ventilateur, même s’il brasse que de l’air chaud.

Indonésie-Kalimantan-Hotel

Même si le confort fait clairement défaut tout au long du voyage, cela semble être un détail bien dérisoire au vu du sentiment d’extraordinaire et de fantastique que procure ce périple. Et si ponctuellement ce n’était pas le cas, une fois de retour à la modernité et au confort les quelques désagréments vécus se transforment en souvenirs inoubliables, en nostalgies amusantes et en anecdotes qu’on aime à raconter.

La première soirée de retour dans un hôtel confortable est elle aussi inoubliable: jamais une douche chaude et des draps blancs ne seront autant appréciés.

Cours intermédiaire du Mahakam

Ce tronçon du fleuve s’étend sur environ 400km jusqu’au village de Long Bagung, où les camps de fortune d’orpaillage et les magnifiques villages sur pilotis laissent peu à peu la place aux territoires totalement vierges.

Kalimantan-Muara-Muntai-panneau

Sur les rives du fleuve, les habitants vivent quasi-exclusivement de 2 choses: la pêche et les nids d’alouette, mets très recherché en Asie. La vie autour du fleuve, au son continu des champs d’alouette, est ponctué plusieurs fois par jour par l’appel à la prière, où le prêche est effectué via les mégaphones des mosquées.

Kalimantan-Muara-Muntai

Ici, tout est construit en bois: maisons, nids pour alouette, bateaux et pirogues…jusqu’aux rues qui traversent les villages, construites sur pilotis, faites de planches du fameux et très convoité bois de fer qui résonnent au passage des quelques scooters.

Kalimantan-Muara-Muntai-Rues

En s’écartant du fleuve et en suivant en pirogue les bras de rivière qui débouchent sur des marécages et d’immenses lacs, on peut alors observer une faune d’une fantastique richesse: oiseaux de toutes sortes, varans et autres gros lézards, singes dont les fameux nasiques et leur nez pro-imminent… (nous n’en verrons malheureusement pas…) Ici se trouvent également les villages dayaks les plus reculés, l’ethnie native de Bornéo où les hommes portent systématiquement à la taille un long couteau traditionnel rangé dans son fourreau, le mandau, et ses fameuses longhouses, de longues maisons en bois qui abritent plusieurs familles.

Indonésie-Bornéo-pirogue-marécages

Nous reprenons ensuite le cours du Mahakam pour achever ce tronçon du fleuve. Le ferry qui passe quotidiennement et assure à lui seul le transport des marchandises n’est pas passé aujourd’hui pour une raison inconnue. Après plusieurs heures de recherche et d’innombrables renseignements contradictoires, on finira par trouver un hors-bord qui s’apprête à partir.

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Le trajet est à couper le souffle. Difficile d’ailleurs de se dire que le plus palpitant est encore à venir…

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Cours supérieur du Mahakam

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Nous sommes à Long Bagung, point de départ de ce dernier tronçon. Des pluies torrentielles se sont abattues plusieurs nuits de suite et le niveau du fleuve est bien trop haut pour envisager le périple: les rapides sont bien trop puissants et bien trop dangereux pour être remontés, malgré les 2 moteurs de 200CV chacun du hord-bord. Au bout de 2 jours, nous pourrons poursuivre la remontée.

L’apogée de ce périple se trouve sur ce dernier tronçon: un véritable joyaux brut, une nature totalement vierge où les seuls témoins de la présence de l’Homme dans ces territoires des plus reculés résident dans les quelques hameaux installés au bord du fleuve. Le hors-bord remonte ici le fleuve, qui serpente parmi les jungles et les vertigineuses falaises d’où se jettent d’immenses cascades en passant par plusieurs séries de puissants rapides, pour atteindre le dernier village: Tiong Ohang. Après, il n’y a plus rien hormis les monts Muller.

Indonésie-Bornéo-Mahakam-falaises

Indonésie-Kalimantan-Tiong-Ohang-Cascade

Petite anecdote amusante, pour achever ce récit

Pendant ces 2 jours d’attente imprévus, on assiste un soir à une fête où tout le village est présent, environ 300 personnes. Séance photo, serrage de main… on est accueilli comme des invités d’honneur. Une tombola à lieu pour clôturer la soirée, mon nom est appelé; je viens de remporter le plus gros lot, le plus cher, le plus convoité: une machine à laver. Je remettrai bien sûr le lot en jeu pour retirer un nouveau numéro et désigner un autre gagnant, sous les acclamations de la foule.

Un grand voyage d’exploration au cœur de Bornéo: Voyage à Bornéo – La grande remontée du fleuve Mahakam

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